São Paulo, avril 2013. Il faisait nuit. À Pinheiros, une des voisinages affluentes de la métropole, j’étais accompangé de deux de mes profs d’anglais et d’une amie proche. Tendus et crispés, nous nous trouvions tous assis dans les sièges du théâtre du Conseil Britanique alors que devant nous parlait un homme très bien habillé dans son costume gris foncé: “youth”, exclama-t-il à haute voix, “you live as many lives as the languages you speak”.

L’homme qui venait de proclamer ces mots dont je n’oublirai certainement jamais n’était pas quelqu’un d’ordinaire — il s’agissait du consul général canadien au Brésil. Peu après il annonça celui qui avait remporté la 1ère place de l’étape nationale de l’IPSC (International Public Speaking Competition), une compétition de discours en anglais à l’échelle internationale dont le(a) gagnant(e) de chaque pays participant serait emmené(e) à Londres pour la grande finale. Après une courte pause, il interpella le nom: Adilson Santos de Proença. Je n’y croyait pas.

Depuis alors, plus de cinq ans se sont déjà écoulés sous le pont. Dans cette nuit-là j’avais mes dix-neuf ans. Dans ce jour-ci, j’ai mes vignt-cinq ans. Pourtant, le sentiment que j’ai éprouvé quand on m’a interpllé dans cette nuit-là en avril 2013 démeure toujours avec moi: me plonger dans les études des langues étrangère fut la meilleure décision que j’ai jamais pris.

Au Brésil l’enseignement des langues étrangères, l’Anglais et l’espangol, est obligatoire (au moins ils l’était à mon époque). L’élève moyen, c’est-à-dire celui ou celle venant d’une famille appauvrie, fera ses études dans les écoles de l’état. N’ayant jamais assez de ressources financières — soit faute d’une corruption endémique, soit faute d’un bas taux d’investissement par l’état— ces écoles n’arrivent pas souvent à offrir un bon cours de langue étrangère. Ce qui en résulte c’est que moins de 3% des brésiliens maîtrisent la langue de Shakespeare [1].

Aujourd’hui on allait pouvoir m’ajouter dans ces trois pourcent si je n’avais pas pris la décision d’apprendre l’Anglais il y a neuf ans. Puisque j’appartiens à la partie de la population brésilienne qui ne dispose pas d’argent pour payer un cours d’Anglais, et en raison du fait qu’à l’école je n’avais pas vraiment l’envie d’apprendre la langue (à part le manque de ressources monétaire mentionné au-dessus, je n’étais pas conscient de l’importance de parler anglais dans le monde globalisé de nos jours), il m’a fallu la prise de conscience que l’on m’a inculqué avant que je puisse commencer mes études.

Le 10 janvier 2010 c’était le jour quand je commença à m’apprendre l’anglais. Pas de prof. Juste un livre quelconque et l’internet à ma disposition. J’étais si inspiré qu’au bout de quelques mois j’étais déjà assez confiant pour écrire et parler en anglais. Peu après j’ai gagné une bourse d’étude par laquelle j’ai eu l’occasion de faire connaissance d’un tas de gens et des profs qui m’ont tous positivement influencé des les derniéres années de mon adolescence (une époque critique de la vie de quelqu’un).

Au-delà de la nouvelle compétence que l’apprentissage d’une langue étrangère m’a donné, c’est cette expérience qui m’a aussi permis de comprendre ce que le consul général a voulu dire en avril 2013: quand on arrive à apprendre une langue étrangère on digère aussi tout ce que sa culture représente. Autrement dit: on voit le monde par des nouvelles lunettes. Comme des “lentilles de langage”.

“Culture c’est la lentille par laquelle l’homme voit le monde”

— Ruth Benedict

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[1] https://exame.abril.com.br/carreira/por-que-ainda-nao-somos-fluentes-em-ingles/

An International Relations degree holder; a language, history and economics aficionado; and a soon-to-be Economist who sees writing a thought-untangling act.

An International Relations degree holder; a language, history and economics aficionado; and a soon-to-be Economist who sees writing a thought-untangling act.